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Francesco Zambonin (ED 113, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) soutiendra sa thèse, dirigée par Jean-François Chauvard et Andrea Caracausi, le samedi 8 novembre 2025 à partir de 9 h en Sorbonne (amphi Liard, 17 rue de la Sorbonne, Paris 5e).
Cette thèse s’intitule « L’État du vrai. Juger le faux, garantir la confiance dans la République de Venise (xviie-xviiie siècles) ».
Elle sera présentée devant un jury composé de :
Les notions modernes de garanties procédurale et légale plongent leurs racines bien avant les Lumières juridiques. Malgré une organisation fondée sur une hiérarchie inégalitaire, la justice de la République de Venise révèle un dynamisme souvent méconnu. Cette thèse cherche à en restituer la portée à travers l’étude de l’arsenal juridique mis en place pour lutter contre le crime de faux. Aux xviie au xviiie siècles, deux institutions se partagent la compétence en matière de faux : le Conseil des Dix, incarnation de la raison d’État et garant de l’ordre politique, et l’Avogaria di Comun, tutrice de l’État de droit et protectrice de l’ordre social.
Tantôt concurrentes, tantôt complémentaires, ces institutions s’efforcent de restaurer la validité des documents et l’autorité des moyens d’échange – oraux ou écrits – entre individus et institutions. Face au risque d’une crise de confiance, l’État vénitien doit trouver un équilibre entre garanties procédurales et efficacité judiciaire, afin de réduire l’incertitude et poursuivre les coupables sans pénaliser à tort ni entraver les échanges.
Le travail s’appuie sur un vaste corpus de procès pour faux – des testaments falsifiés aux faux témoignages, usurpations d’identité et faillites frauduleuses – pour montrer que l’enjeu central est l’établissement du dol. Les centaines de dossiers, pour la plupart inédits, ont été analysés qualitativement pour reconstruire l’univers référentiel nécessaire à la distinction entre intentionnalité et erreur.
Après un cadrage institutionnel, l’enquête se concentre sur la preuve du faux, à la croisée des expertises matérielles et de la vigilance épistémique collective. Quatre chapitres démontrent comment le faux devient un levier pour imposer le contrôle étatique dans divers domaines : à la fin de l’expansion territoriale, Venise affirme une justice centrale et hégémonique tout en privilégiant la flexibilité face au pluralisme normatif et la délégation pour contourner l’indiscipline des acteurs judiciaires. Ville cosmopolite et marchande, sa justice gère la présence étrangère entre obstacles linguistiques, climat de méfiance et crimes de haine, tout en élaborant un droit des affaires visant à limiter la fraude pour préserver crédit et crédibilité.
Enfin, en contexte de tensions avec l’Église, les falsifications contribuent au juridictionnalisme séculier. Il en résulte l’image d’une « justice baroque », aux contours fluides : chevauchements interinstitutionnels, porosité entre centre et périphéries, absence de séparation stricte des pouvoirs, distinctions fluctuantes entre civil et criminel, proximité des procédures accusatoire et inquisitoire. Ces interstices constituent des terrains fertiles à l’émergence de nouveaux concepts juridiques et favorisent paradoxalement la confiance.
Publié le 8 octobre 2025, mis a jour le vendredi 7 novembre 2025
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